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09/12/2020 : Fragments de nuit, inutiles et mal écrits (3)…

Les Fragments de nuit, inutiles et mal écrits

de Richard Palachak

(Saison 4)

                                      Les Bohémiens

                                      fragment 3

 

« Un malingrot piètre et dégénéré ramène sa fraise. Il agrippe une misérable boutanche en plastoc et deux verres à flotte. Et mon Boris cuisine le pov’type histoire de savoir s’il y a eu des évasions en son absence. RAS. Pas un fagot n’a décarré. Satisfait, le patron le somme de remplir nos godets. Le claquedent s’exécute en tremblant comme de la gelée de coing dégradée. Deux seuls mots à la bouche : « oui maître. » A vent de cul, Boris lui dit de dégager puis il se plonge dans l’océan du net. Il enchaîne les chansons tziganes sur Youtube, y allant de son couplet tel un aveugle écorché. Au bout d’une heure de rossignolage, il marque une pause et me lance :

-Tu sais quoi Kalache ? On va faire une collaboration internationale autour de tes œuvres littéraires. Je connais bien le président de la Société des Écrivains Slovaque. On va vous régaler quatre ou cinq jours à Bratislava, ton éditeur et toi, tu verras, ça sera la totale ! Une lecture à la Librairie Panta Rhei, des centaines d’étudiantes en chaleur, les journaux, la télé, la radio, des orgies dans un château, le paradouze en grandes pompes. En retour, j’viendrai passer quatre ou cinq jours en France avec un scribouillard local, en mode bourelingage culturel. Qu’en penses-tu ?

-Ça me paraît jouable.

-Alors tope-là moy frantsousky brate !

-Y’a qu’en septembre que j’peux pas, je sors un bouquin et j’ai deux vernissages à couvrir.

-En septembre ?

-Ouais.

-Un copain viendra te rendre visite. Il s’appelle Lèoche, c’est un gars très influent.

-Lèoche… un tchèque ?

-Oui, le type est millionnaire. On a le cul verni sur ce coup, Lèoche sera pas loin de chez toi, vers Basel. T’habites bien dans le Nord-Est de la France ?

-Besançon, juste à côté de la Suisse.

-Il n’y a veine que pour la canaille ! Ha ! Tu dois en être une belle !

-Kestu veux que je foute d’un bohémien millionnaire ?

-On peut tout goupiner grâce au pognon.

-Si tu le dis.

Peut-être que ce projet majestueux m’évite d’être asservi sous le joug de mon négrier rondouillard. Il est dorénavant question d’arroser l’affaire en cochons slaves qui se respectent. On va dans un restac où dix adroits du coude nous rejoignent, et pi sur une terrasse où vingt autres aboulent, et pi dans une discothèque où cinquante autres amènent leurs bidoches… ainsi de suite jusqu’à six heures du matin, quand je compte une centaine de nouveaux zigs au compteur, une beurrade à deux doigts du coma roule-par-terre, et sinon je recolle plus les morceaux. Kieski m’a repiloté jusqu’à Sènètse ? Comment j’ai rebecté mon hôtel ? Grâce à quel sortilège imbitable ai-je retrouvé la clé de ma chambre ? La seule chose qui me revient, c’est la violence avec laquelle je me suis bûché sur une table de chevet scandinave, et les bouilles sidérées de mes deux petits loupiots somnolents. »

 

Published inPalachak

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