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15/01/2021 : Fragments de nuit, inutiles et mal écrits (8)

                                    Richard Palachak

           Fragments de nuit, inutiles et mal écrits

                                              Saison 4 

                                                                                Les Bohémiens

Dans ces fragments, les mots slaves sont orthographiés pour être adaptés à une prononciation française 

                                                                                 fragment 8

Comble du remerciement : Lèoche m’invite à dîner chez l’un de ses camarades hôtelier, un certain Pan K qui va devoir raquer sa tournée.  Du coup, c’est reparti pour une galopade en Lambo, dans un patelin tchèque où les bercails colorés ressemblent à de petites maisons de poupées. Le bled accroche un talus dont la corniche est coiffée d’une église à coupole néo-bizantine et d’un château baroque enrobé de graffitis Renaissance.

Accolé au manoir, une imposante gentilhommière aussi rose qu’un grognant grillé placarde à la frime un nom bien français : « L’Hôtel Fine Bouche. » Sauf que tout autour de la terrasse qui donne sur l’énorme lourde en chêne massif de l’entrée, une banderole annonce bien la couleur locale : « notre brasserie traditionnelle vous propose de déguster la véritable recette de bière sans conservateurs et non pasteurisée du Castel, inchangée depuis l’an 1406. » Je pépie d’une soif de pendu quand je lis cette annonce. Déjà que le pissat tchèque est béatitude, alors une mousse authentique et pure, à court d’additifs et d’asepsie dégradants, c’est la giclette de tout biberonneur qui se respecte.

Une ferrari Roma gris silverstone est garée devant le porche du logis. La Lambo de Lèoche vient farder cette merveille d’une écharpe étincelante. Et ma gueule au milieu de tout ce faste, j’ai l’impression qu’elle sert de polisseuse à pieds de biche.

Devant la réception, un petit cinquantenaire à la touche macaroni nous accueille en braillant la banane au bec et les battoirs en éventail. Derrière lui, le personnel affolé bondit dans tous les sens en mouillant le caleçon. Visiblement, le grand patron ne passe pas souvent dans son garno.

-Ahoy, Lèoche !

-Ahoy, Pan K ! Je te présente Kalache Tokarev, un membre du conseil d’administration qui nous a soutenu lors du scrutin de ce matin.

-Enchanté Kalache ! corne le capitaine avec un accent prâgois de kéké rossignolant.  Ce soir tu es mon invité. Je t’ai réservé la plus belle suite de l’hôtel et nous allons déguster du canard accompagné de chou rouge à l’aigre douce et de knedliky.  Puis tu vas téter le nec plus ultra de la bière tchèque.

-Un programme au poil, Pan K. Je ne sais comment vous remercier.

-C’est moi qui te remercie pour ce que tu as fait ce matin. Lèoche ne tarit pas d’éloges à ton sujet. Paraît que t’es un grand écrivain français ?

-Non, juste un écrivain.

-Bien, passons à table.

Un demi barbotin chacun, des baignoires de bibine et la Sierra de chou chargé de quenelles de pain… j’me retrouve  plein à crever. Les deux gros bonnets ne me dégoisent pas un mot de la soirée ; Pan K se contente de glapir sur la serveuse dès que ma chope menace d’être à sec. Sinon ça jaspine nouveaux bizz : constructions de tours et de lotissements, des affaires en Allemagne, en Autriche, au Vietnam… Il est parfois question de climatisations, d’aquaparcs en Pologne et de batteries, mais y’a tout et n’imp aussi.

Tout ce qui fait sauter la banque

            et rentrer dans ses boules,

            au delà des nuages qui pissent de l’œil

            sur les hangars à bêtes humaines 

            aux mains des Boris boute en train,

            et leurs sociétés de protection,

            leurs fourgueurs d’armes      et leurs nanas,

            pi la came qui finance la fouraille

            et tout en bas,

            pétri dans le ciment,

            le gravier des clamsés.

A suivre…

Published inBooksPalachak

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